vendredi 2 août 2013

Mystère et Boule de gomme


Fort braillard
En cette période caniculaire, les esprits s’échauffent. Précisément sur la longe de Boyard où ça ne va pas très fort. La Boule (Yves Marchesseau à la ville), célèbre geôlier de l’émission phare de France 2 a le moral à zéro. Selon ses propos tenus récemment dans les colonnes du quotidien Sud-Ouest, il déplore les conditions de tournage assimilées à du travail d’usine. Les enregistrements s'enchaînent tandis que les critiques se déchaînent. Probablement fatigué entre deux coups de gong tonitruants, il persiste et signe en catapultant un boulet de canon en plein visage de Jean-Pierre Castaldi qui anima le jeu estival entre 2000 et 2002 lui reprochant notamment d’avoir fait couler l’audience. Grande gueule en dehors comme en dedans, Castaldi castagne à son tour. A son époque déjà révolue, il défend une audience bien plus élevée que les chiffres actuels (environ 29% de parts de marché contre 17,5% aujourd’hui) et se demande si son accusateur ne serait pas en train de perdre la boule. Après vingt ans de routine, nous pouvons aisément comprendre la lassitude de ce gardien prisonnier - à son tour - de ce rôle ingrat. Sans parler de son physique atypique beaucoup plus effrayant que les bébêtes poilues, grimpantes ou visqueuses des épreuves effroyables, il craint à son tour de passer à la trappe comme son copain Passe-Temps remercié en 2010. Ceci dit, la Boule ne bulle pas hors antenne. Accompagné de son acolyte Passe-Muraille, il fait la promotion des produits régionaux dans les supermarchés. Gras comme un cochon, je l’imagine vanter la saveur poivrée d’un saucisson d’âne ou le savoir-faire d’une terrine forestière aux cèpes. Croisons les doigts pour le maton le plus sympathique de la télévision et souhaitons lui des lendemains moins ronchons. Que sa rancune cathodique plonge à jamais dans les profondeurs de l’océan où gisent quelques indices irrécupérables. Au fil du temps, l’émission a perdu de sa superbe. Les épreuves deviennent très (ou trop) difficiles voire inadéquates au concept dit historique. Qui a eu l’idée saugrenue de la cellule interactive? On se croirait dans un jeu vidéo vintage aux graphismes similaires à Space Invaders. Sur un échiquier électronique, les candidats triés au volet, écrasent des araignées virtuelles pour sortir une clef rouillée. Moderne mais grotesque! Je cuisine à ma manière Willy Rovelli qui distribue des makis aux yeux de saumon ou des rollmops aux testicules de bouc sans oublier de nous gaver avec ses mauvais jeux de mots. Rien de bien difficile: tu gobes, tu avales, tu grimaces d’une manière écœurée et tu empoches une nouvelle clef. Enfin, la lutte impossible avec Mister Boo suscite un intérêt en dessous de zéro. A part John Cena ou Triple H*, qui peut humilier le colosse en le roulant dans une boue épaisse? Attaché à la gériatrie audiovisuelle, je préfère le père Fouras toujours loquace et tellement efficace. L’émission finira un jour ou l'autre par s’essouffler contre vents et marées. Les vagues déferlantes qui s’abattent sur ce vaisseau de pierre paraissent moins dangereuses que les scandales de bas étage. Et malgré les querelles de passerelle, au fort Boyard, ça ressemblerait presque à la vie de château.
Hervé Gaudin.

* John Cena et Triple H sont des stars de la WWE (catch américain).


mercredi 10 juillet 2013

L'affaire est dans le sacre


©express.fr

Argent trop cher ?
La valse élancée des billets doux donne le tournis à Bernard Tapie en ce bel été 2013. Le manège désenchanté des gros dossiers impliquant l'homme d'affaires le plus scruté du pays, lui fait tourner la tête et par-dessus le marché, aspire à lui vider son compte en banque bien fourni. La justice collée à ses basques a demandé la saisie de ses biens personnels et non des moindres: deux assurances-vie d’un montant impressionnant de 45 millions d’euros, les parts sociales de son hôtel particulier parisien de la rue des Saints-Pères (69 millions d’euros), la villa «Mandala» à Saint Tropez acquise pour la bagatelle de 48 millions d’euros. Après l’affaire du Phocéa, son navire pécuniaire prend l’eau. Pourquoi tant d’acharnement envers notre businessman à la gouaille d’un boucher de province qui joue avec les sociétés en faillite comme un enfant de six ans au Monopoly? Petite piqûre de rappel pour comprendre les faits. En juillet 1990, le groupe Tapie se porte acquéreur d’Adidas auprès des sœurs Dassler, héritières du fondateur de la marque aux trois bandes. En 1992, François Mitterrand demande gentiment à Nanard combinard devenu Ministre de la ville de vendre la célèbre firme afin d’éviter tout conflit d’intérêt. C’est alors que le nouveau membre du gouvernement socialiste fait appel à sa banque Le Crédit Lyonnais pour s’occuper du bébé. Mais cette dernière reniflant le bon plan, s’est bien gardée de dévoiler toute la somme perçue de la vente réalisée. Pas folle la guêpe! Nanard aussi avare que roublard fonce dans le lard pour réclamer sa part. Aussitôt dit, aussitôt pas docile, il fit un procès à sa banque. Le juge arbitre Estoup chargé de trancher objectivement dans le biftek a donné raison à Monsieur Tapie. Or, ce juge connaissait bien Maître Lantourne, avocat de l’intéressé. De prime abord, ça sent l'entourloupe. A l’issue du procès, le chanceux savoure un pactole de 405 millions d’euros après vingt ans de procédure. En matière de sexe ou de petite monnaie, quand c'est long, c'est bon. Accusant Nanard d’avoir traficoté pour obtenir gain de cause, l’Etat s’en est mêlé. Evidemment, le Crédit Lyonnais lui appartient à moitié. Alors qui dit pognon, dit impôts. Et vice versa. Dans le jargon judicaire, on appelle ça une escroquerie en bande organisée. Même à trois. Décidément, Tapie n’est pas chanceux avec les arbitrages. Un autre scandale qui déclenche en 1993 un tollé monumental dans le milieu du football (Affaire VA-OM) montre le talent de cet homme pour la corruption et le jardinage (ou comment une enveloppe garnie joue à cache-cache dans un jardin). En football ou en affaires, Nanard sait y faire. Récemment, il aurait tenté de faire jouer certaines relations à TF1 pour donner un bon coup de pouce à sa fille Sophie, candidate malheureuse dans l’émission «The Voice». Qui ne tente rien n'a rien. Ne faut-il pas "battle" le fer tant qu'il est chaud? Le directeur du casting aurait démenti cette honteuse rumeur. A cause de sa mauvaise réputation, on ne sait plus si c’est du lard ou du cochon. Malgré toutes ces histoires de gros sous et d'escroqueries mesquines, je suis persuadé que l’ex chanteur, acteur, arnaqueur, businessman cambrioleur saura rebondir ici et ailleurs. A l’heure où le classement des plus grosses fortunes françaises s’exhibe sur le net, je me pose cette question ancestrale sur ce moyen d'échange aux dérives excessives. L’argent est-il devenu trop cher? Quoiqu'on en pense, l'avis n'a pas de prix.

Hervé Gaudin.

jeudi 20 juin 2013

Messages personnels


Le mauvais tour de France

Amère d’avoir perdu son étoile du Berger la guidant aveuglement vers un succès annoncé d’avance, France Gall s’en prend allègrement à Jenifer, glamour et sexy à souhaits. La samba des coups bas s’emballe. Une déclaration d’amertume d’une vieille poupée qui ne se prive pas de balancer au tout-Paris sa vive colère, ne résiste pas à ma désolation. S’autoproclamant gardienne du temple du patrimoine artistique de son défunt mari, Babou* se régale à se plaindre par médias interposés. Selon ses dires, elle accuse la jeune ténébreuse d’avoir repris sans son autorisation les chansons écrites par son pygmalion perdu sans doute au beau milieu d’un paradis blanc. L’accusée se défend de ne jamais avoir été reçue. Ma neutralité à caractère helvétique me conduit à ne pas prendre parti au milieu de cette querelle puérile. Soumis à une curiosité sans limite, je me suis sacrifié à la cause en écoutant "Ma déclaration". En scrutant la pochette de cet album fardée au lipstick rouge sang, Jenifer ressemble bien plus à la provocante Lio qu’à la marraine de Babacar. Puis, en écoutant plusieurs titres avec attention, je n’ai pas réussi à m’attacher au timbre juste de sa voix qui passe à côté de l’émotion. Les arrangements faciles dénaturent les originaux comme un yahourt smoothie multifruits brise l’onctuosité d’un savoureux fromage blanc. J’ai pourtant essayé de me plonger dedans, de verser une larme salée le long de mes joues creuses, je n’y suis pas arrivé. A force de revisiter les monuments, les murs du son se défraichissent. A l’image de ses commentaires répétitifs dans l’émission «The Voice», nous savons désormais qu'elle s’imprègne plus facilement des âmes écorchées vives que des fous chantants. Elle aime se faire mal et souffrir. Je n’ai pas été étonné de trouver parmi les douze reprises, le cafardeux «Si maman si», le suicidaire «Message personnel», le revendicateur «Diego libre dans sa tête» (aux antipodes de l’interprétation émouvante de Johnny) et le mortuaire «Evidemment» (en hommage à l’ami Balavoine). Loin devant, "Poupée de cire, poupée de son" donne un élan de modernité à ce morceau vieillot. Femme fatale ou tendre ingénue, je la préfère dans ce registre. Dans l’ensemble, je déplore un manque flagrant de sincérité. Elle chante, point barre.
Parmi ses nombreuses confessions, Jenifer  clame son amour pour la groupie du pianiste qui ne l’entend pas de son oreille à l’affût des royalties susceptibles de lui échapper. Enfreindre les règles sacrées des droits d’auteur, c’est pêché! Dans ce contexte tendu, l'admiration manque légèrement de réciprocité. Grosso modo, pas de demande de droits, pas d'chocolat. Lâam qui connut son tout premier succès avec «Je veux chanter pour ceux» a pris une lame aiguisée dans le dos puisqu’elle fut également accusée de ne pas avoir eu l’autorisation de reprendre cette chanson. A son tour, quelques mots qui font mal, qui font mal. Elle n'a, elle n'a, elle n'a.. qu’à se mettre au boulot, s’entourer d’auteurs-compositeurs compétents et nous sortir une brioche moelleuse de son four éteint depuis 1992, date tragique de la disparition de celui qui chantait autour de nous. Le prince des vinyles donnait tout pour une musique écrite pour adoucir les moeurs et non pour durcir les rancoeurs. Pour le coup, ça n'tient plus debout.

Hervé Gaudin.

* De son vrai prénom Isabelle, France Gall est surnommé Babou par ses proches. 

mardi 4 juin 2013

Toute sa musique qu'on aime


L’idole du jeûne
Le tocsin ténébreux sonne dans le cercle fermé des monstres sacrés. Selon un sondage inédit de BVA, 65% des français ne veulent plus entendre Johnny Hallyday. Contrairement à celui qui proclamait avec vigueur son envie d’avoir envie, l’envie n’y est plus vraiment chez ses compatriotes. Pourquoi tant de haine précipitée? Quoi sa gueule? Qu’est-ce qu’elle a sa gueule? Non, ce n’est pas vraiment sa tronche marquée par des excès à vau-l’eau, des mariages déçus et des chirurgies ratées mais des perturbateurs aimeraient qu’il la ferme pour de bon. A 70 ans, l’ex-idole des jeunes poussée au jeûne artistique semble parée à mettre le feu encore quelques années dans le cœur fertile de millions de fans si fiers de porter des tee-shirts ringards à son effigie ou affichant les écussons Harley Davidson tatoués sur leurs biceps. Les vieux garçons sexagénaires éructant des relents de bière bon marché et roulant des mécaniques continueront à croiser leurs poignets tandis que Gabrielle s’évertuera à les laisser mourir d’amour enchaînés. Certes, les incorrigibles détracteurs peuvent se complaire dans  la moquerie en parodiant comme je l’ai fait ci-dessus cette brave secte asservie à l’aura de cet artiste. Malgré tout, la scène, c’est son truc. Aujourd’hui, sa carrière se résume par 100 millions d’albums vendus, 181 tournées et je ne compte pas dans ma besace trop lourde le nombre d’évanouissements de femmes émoustillées aux premiers rangs. Excusez du peu! Même en absorbant un élixir de jouvence, nos artistes actuels n’arriveraient pas à en vendre autant. Le chanteur ne doit pas se sentir abandonné par une nation baptisée aux larmes de ses yeux brûlés par la sueur au soir d’un palais des sports en 1982 marquant à l'époque un vrai retour aux sources. Vêtu d’un ensemble en peau de bête ou d’une veste en cuir cloutée, il ne s’est jamais vraiment éloigné de l’époque du Golf-Drouot qui a fait naître Eddy Mitchell ou Jacques Dutronc. Sa rock n’ roll attitude nous embarque quoiqu’on en dise. Alors, si les mauvaises langues se réjouissent d’une retraite anticipée, Monsieur Smet trouvera toujours un bon tube à s’mettre sous la dent. Et même s’il oublie parfois de vivre, son public fidèle n’oubliera pas son nom.
Johnny Hallyday représente la figure de proue du navire musical de notre pays. Et cette figure là, elle est terrible!

Hervé Gaudin.