vendredi 9 janvier 2015
mardi 16 décembre 2014
L'hymne à la joie?
©disney.fr
La reine énerve
A la
veille de Noël, la licence Disney continue à enchanter la marmaille du monde
entier grâce à ses chansons sempiternelles.
Depuis la
sortie du film d’animation "La reine des neiges" en 2013, les enfants chantent encore
à tue-tête le regrettable succès "Libérée, délivrée" (de sa version
originale "Let it go").
Auréolé par un oscar, le titre a contribué à sa
réussite commerciale.
Et ce, au
grand dam des parents qui n’en peuvent plus de l’entendre. Par cette
introduction salutaire, je m’associe à leur dépit.
Libérez-nous
de ce néo fléau musical! Délivrez-nous du mal artistique!
Pourquoi
tant de haine envers ceux qui ont sacrifié leur temps libre dans une salle
obscure?
Pourquoi
cet acharnement cérébral pour un pop corn desséché ou un soda sans bulles?
La
réalisatrice Jennifer Lee a beau essuyer les quolibets des passants qui
croisent son chemin, ses excuses lancées sur la toile laisseront autant de
trace qu’une glissade d’Olaf sur la poudreuse de Courchevel.
Malheureusement,
il est trop tard.
Elsa, gracieuse, poussera la chansonnette aussi longtemps que les sept nains, pioche à l’épaule, au retour de la mine.
Elsa, gracieuse, poussera la chansonnette aussi longtemps que les sept nains, pioche à l’épaule, au retour de la mine.
Elsa,
symbole du féminisme exacerbé, décide de rompre la chaine familiale en se réfugiant
cœur et âme dans son château de glace. Forte de son égoïsme, elle affuble la
montagne d’un refrain salvateur. Libérez la pour de bon en lui donnant une
boîte de looms, ça l’occupera. Bien au contraire, elle persiste et signe la
bougresse!
Nabilla aimerait
en dire autant.
Sa
détention probatoire la retient entre les barreaux de sa cellule VIP (Very
Important Pouf) et la cour promenade de la prison pour femmes à Versailles.
Elle aussi, rêverait d’une escapade ensoleillée à Ibiza en courant
à moitié nue un couteau à huîtres à la main le long d’une plage privée.
Au même
rang de ces titres insupportables comme "Hakuna Matata" ou "Mon rêve bleu" qui ont écorné mes tympans fragiles, je place en
tête de liste "It’s a small world".
L’hymne des poupées donne des
envies de meurtre à chaque navigation. Qui n’a pas eu l’idée d’abattre 300
personnes à l’écoute de la première note émise d’un haut parleur soigneusement
caché dans cette maudite attraction?
Bref, si
les chansons de Disney traversent le temps au coin d’un feu de cheminée ou dans
les allées d’un magasin de jouets, la nostalgie nous renvoie aux personnages de
notre enfance.
Si notre impatience se limite à une délivrance passagère,
n’oublions qu’il en faut peu pour être heureux.
Hervé Gaudin.
lundi 6 octobre 2014
Mes amis, mes amours, mes emmerdes
Glace des grands hommes
Je pourrais briser la glace en vous dévoilant les coulisses d’un sport aussi sombre que somptueux.
Je pourrais suivre la mode actuelle en écrivant une injure autobiographique qui
évoquerait les pires travers de mes collègues ou de mes ennemis de passage. Oui, je pourrais débloquer
mon compteur saturé de rancune en citant des expressions entendues ci et là par
d’abominables personnages en quête d’ambitions exacerbées. Non, je ne jouerais
pas ce jeu méprisable du vieil artiste quittant la scène après une forte déception. Je préfère m’accouder au comptoir de l’amitié
où nous évoquons ensemble les souvenirs construits au fil des années. Je pense à vous, copains et copines, fidèles à nos parcours serviles.
Nous avons foulé les mêmes sols caoutchouteux, nous nous sommes assis sur des
bancs humides, nous avons piétiné tant de marches le long des gradins abîmés,
nous avons ri aux mêmes quolibets douteux, crié après tant de victoires
improbables et pleuré après tant de déceptions imméritées. Nous nous sommes
attablés devant des festins en province et assoupis après de bonnes franquettes
improvisées. Nous avons bataillé pour être respectés, lutté pour rester
nous-mêmes, fixé les regards attentifs de publics inconnus, glissé sur cette
matière noble dans des compétitions glorifiantes et des galas conviviaux. Dans
le froid des patinoires, nous nous sommes enorgueillis au sommet modeste des
podiums aux chiffres presque effacés, nous avons serré des poignées franches,
nous avons embrassé des pommettes rougies, porté à nos cous des médailles trop
lourdes. Les réveils dominicaux étaient difficiles mais les retrouvailles
toujours singulières. Nous avons tracé nos routes, changé de cap, nous nous
sommes perdus de vue et retrouvés au détour d’un réseau social. J'évoquerais
avec timidité ces amourettes à l’entrée du vestiaire, ces baisers volés sans
regrets, ses garçons étourdis et ses filles déjà ravissantes. Je ne parlerais
que des ces années aux couleurs pastels d’une vie insouciante quand la passion
entraîne tout le reste. Je ne parlerais que de vous, Mesdames et Messieurs,
bénévoles au grand cœur, au dévouement palpable et à vos réussites salies par
les trahisons d'incompétents notoires. Je ne parlerais que de vous, pères et
mères fidèles à l'amour que vous portez à vos enfants. Je ne parlerais que de
ces professeurs aux sciences exactes qui nous ont emmené si loin, à ces anciens
que nous admirions. Je parlerais de mes premiers élèves, des derniers, de ce
trac qui m’ulcérait le ventre et la joie compressée de les voir progresser.
Voilà, je n’aurai
pas besoin d’écrire un livre détestable pour recueillir quelconque
gratification. Je laisse dans la gorge effrayante d’un garage où ronfle encore
cette vieille surfaceuse les démons du passé. Je ne garde que vos visages, vos
voix, vos mains gantées, vos pieds de cuir et vos chevelures soigneusement
coiffées. Je porte en moi votre élégance pour oublier ceux qui en manquent. Je
vole à Véronique Sanson sa révérence. La mienne n’est pas plus belle mais aussi
douloureuse. Mes patins râpés reposent dans mon placard; ils en ont bien
besoin. Amies et amis, les adversaires d’hier s’évanouissent aujourd’hui. A ma
sœur qui m’a inspiré et à mes parents qui se sont sacrifiés. A mes amitiés
solides, à mes amours inavouées, à ces champions dorés que je continuerai à bercer dans le ventre de mes souvenirs. La glace des grands hommes se referme.
Je ne vous donnerai pas rendez-vous dans dix ans. De ce même jour, à cette même
heure, devant cette même porte où nous sommes rencontrés. Pour ceux que j'aime,
la mienne ne sera jamais close.
Hervé Gaudin
jeudi 31 juillet 2014
Centenaire
©youtube.com
Notre Louis dort
Notre Louis dort
A
l’annonce de sa disparition le 27 janvier 1983, la France est devenue orpheline du comédien le plus célèbre de l’hexagone loin devant Fernandel,
Bourvil, Noiret, Serrault ou Ventura. Fufu ne
peut pas mourir! Qu’allons-nous devenir? Juste de pauvres piétons démunis sur le
chemin sinueux qui conduit au cimetière des artistes.
Incontestablement,
ses esclandres démesurés, ses grimaces inimitables, ses répliques cultes, ses
colères elliptiques, ses gestes démesurés ont une place à part dans la
mémoire collective. Comme une sorte d’intouchable. Oui, on ne touche pas à son
œuvre débordante de richesses inestimables où l’on entendrait presque le sou
doré manquant à sa précieuse cassette rouler sous le lit douillet de Don
Salluste à peine réveillé par la voix murmurée de son valet
bienveillant. En évoquant de Funès, des personnages peints avec une
délicatesse caricaturale de notre société jaillissent devant nos yeux. Du
patron tyrannique à l’aimable paysan, du pingre au raciste de bas étage, la dimension dramatique ne s’arrête pas à
de banales mimiques. Aujourd’hui, je l’aurais bien imaginé dans «Monsieur
Batignole» ou «Des hommes et des dieux». Pas seulement pour surfer
sur la mode facile du contre-emploi mais parce qu’il était imprégné d’une dramaturgie
évidente. On la retrouve volontiers dans le monologue satiné de «L’aile
ou la cuisse» où les mots égalent la noblesse de ce verre de
Saint-Julien, Château Léoville Las Cases de 1953.
De Funès, c’est aussi un tableau d’acteurs oubliés. La vague déferlante de jeunes humoristes ambitieux au talent contestable ne les a pas épargné. Je pense aussitôt à Maurice Biraud, Dany Carrel, Robert Dhéry, Paul Préboist, Mario David, Agathe Natanson ou Henry Guybet. En ce jeudi 31 juillet à l’heure où un soleil d’été sème une zizanie caniculaire, il aurait eu cent ans. Pour héritage, il nous laisse le fauteuil vide d’un humour que l’on ne verra plus jamais. Notre Louis repose dans son village du Cellier depuis vingt ans déjà. La comédie a assez duré. Reviens Louis, il est l’or de se réveiller.
De Funès, c’est aussi un tableau d’acteurs oubliés. La vague déferlante de jeunes humoristes ambitieux au talent contestable ne les a pas épargné. Je pense aussitôt à Maurice Biraud, Dany Carrel, Robert Dhéry, Paul Préboist, Mario David, Agathe Natanson ou Henry Guybet. En ce jeudi 31 juillet à l’heure où un soleil d’été sème une zizanie caniculaire, il aurait eu cent ans. Pour héritage, il nous laisse le fauteuil vide d’un humour que l’on ne verra plus jamais. Notre Louis repose dans son village du Cellier depuis vingt ans déjà. La comédie a assez duré. Reviens Louis, il est l’or de se réveiller.
Hervé Gaudin.
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