mercredi 10 février 2016

Confidences pour confidences

©arnaudtsamere.com

Tsamere à boire


Avec assurance et détermination, Arnaud Tsamere refuse d'être drôle ce soir. Pari manqué!
Imprégné de sa folie jubilatoire, moi le spectateur séduit d'emblée, frôle le sadomasochisme zygomastiqué.
Entre deux gorgées d'eau, il nous glisse des décors de plage où les cadres pollueurs de Volkswagen côtoient une amie des bêtes, il bricole un présentoir qui n'a pas lieu d'être réparé et nous livre son attachement à la variété française dans un fabuleux enchainement de tubes incontournables.

Jonglant avec le stand-up traditionnel en interactivité directe avec son public, l’humour noir bien contrôlé et une attitude pince-sans-rire bien maîtrisée, je me délecte de ses claques incessantes sur sa joue gauche.
Le regard attentif et l'oreille alerte, j'y ai retrouvé avec évidence Gaspard Proust par la causticité des mots, Gustave Parking dans le décalage permanent et l’énergie d’Alex Métayer (trop souvent oublié) même si son humour reste unique en son genre.
Les pâtes à la Boudoni se conjugueraient merveilleusement avec les biscuits chocolatés du petit déjeuner et le Kinder Surprise d'Orphée, jeune spectatrice intimidée assise à l'orchestre.
Le rythme s'accélère au fil des gestes, de sa verve malicieuse, de sa voix au timbre parfait.
Puis, la fin digne d'une triomphe à l'Olympia est absolument génial.
J'ai été chipé, ému.

Avec son air de pas y jouer, il est bien plus qu’un humoriste et se révèle comme un vrai acteur de théâtre.
Sa diction impeccable m’a bluffé dès les premiers mots comme un musicien délivrant ses premières notes.
Quand le rideau est tombé, quand les derniers applaudissements se sont tu, je me suis consolé comme j'ai pu.
Alors, je reviendrai forcément.
Avec soif et boulimie, Arnaud Tsamere est à boire comme du petit lait et se mange sans faim.


Hervé Gaudin.

vendredi 27 février 2015

Quand la musique déconne!


©purepeople.com

Bossez jeunesse!
La licence "Enfoirés" a fini par déraper. Le verglas de la polémique est implacable. Jean-Jacques Goldman, auteur d’un texte assez limite à cause de messages  "subliminables", s’est pris un platane en pleine poire. Suite à sa diffusion officielle, le titre "Toute la vie" suscite tous les avis tranchés dans le vif du sujet.
Dans le dernier clip de promotion à l’appel aux dons, ils furent encore nombreux à donner de leur personne: Mathy, Bruel, Obispo, Laroque, Le Forestier, Zaz, Jugnot accompagnés de comédiens et toute la clique démago de la variétoche branchouille. Au premier plan, deux groupes mis en opposition. Les anciens face aux jeunes. Imprégné de culture cinéphile, j’ai pensé de suite à West Side Story, à l’affrontement emblématique des Sharks contre les Jets. De nos jours, on appelle ça une "battle". Mais voilà, qui sont les gentils? Qui sont les méchants?
Maladroite et inappropriée, la phrase "à vous de jouer mais faudrait vous bouger" tombe comme un couperet. Les jeunes sont jetés en pâture au réquisitoire d’une génération qui se permet de jeter l'oprobre. Certes, nos parents et grands-parents en ont bavé aussi. Mais, je n’aime pas les moralisateurs. Pis encore, je ne vois aucun rapport avec le but premier de cette charité business. Personnellement, je n’aime pas cette hypocrisie qui dure depuis trop longtemps. La vitrine est rutilante avec toutes ces vedettes du petit et du grand écran qui paient leurs impôts en France, qui partagent en direct leurs selfies de Courchevel, New York ou Saint-Barthélémy pendant qu’une catégorie croissante de notre société ne mange pas à sa faim. Je n’ai pas besoin d’infliger à mes oreilles une chanson débile pour remplir mon caddie afin d’aider les plus démunis. Et eux, le font-ils vraiment?
Et de ce propos, cette hypocrisie bien pensante me fait vomir. Ces brailleurs forts de leur arrogance se permettent de conseiller à ces jeunes de se retirer les doigts du cul car après tout, les ados de ce pays sont responsables de ce marasme, non? Allons-y gaiement, ces jeunes n’auraient pas dû naître et la pauvreté aurait été balayée d’un revers de la main. En attendant, il y a la réalité du quotidien. La vraie. Pas la branlette espagnole des vedettes qui gagnent grassement leurs vies. Jenifer, Bent, Tal et  Pokora vivent grâce à qui? A mamie gâteau et tricotine?
Je soutiens cette polémique. Les gens crèvent la dalle, ne partent pas en vacances et n’ont même pas les moyens de s’offrir un téléchargement légal. Et les jeunes en font aussi partie. Laissons les tranquilles!
Cette génération condamnée au pilori a raison de ne pas se taire. N’oublions pas que ce sont vos enfants, vos gosses, vos rejetons, vos minots, votre cœur et votre sang. Unissez-vous et ne vous divisez pas! Les réseaux sociaux se lâchent pendant que vous lisez mon billet de mauvaise humeur. Le Front national s’en frotte les mains et cette récupération politisée décuple mes nausées.
Hier, vous étiez Charlie. Aujourd’hui, ne soyez pas ces enfoirés-là. Je parle de ceux qui prônent avec démesure la séparation des uns avec les autres en donnant des leçons obsolètes. Même en chanson, ça fait mal.
Alors, si tu nous entends Coluche, relève toi, ils sont devenus fous.

Hervé Gaudin.

mardi 16 décembre 2014

L'hymne à la joie?


©disney.fr

La reine énerve


A la veille de Noël, la licence Disney continue à enchanter la marmaille du monde entier grâce à ses chansons sempiternelles.
Depuis la sortie du film d’animation "La reine des neiges" en 2013, les enfants chantent encore à tue-tête le regrettable succès "Libérée, délivrée" (de sa version originale "Let it go").
Auréolé par un oscar, le titre a contribué à sa réussite commerciale.
Et ce, au grand dam des parents qui n’en peuvent plus de l’entendre. Par cette introduction salutaire, je m’associe à leur dépit.
Libérez-nous de ce néo fléau musical! Délivrez-nous du mal artistique!
Pourquoi tant de haine envers ceux qui ont sacrifié leur temps libre dans une salle obscure?
Pourquoi cet acharnement cérébral pour un pop corn desséché ou un soda sans bulles?
La réalisatrice Jennifer Lee a beau essuyer les quolibets des passants qui croisent son chemin, ses excuses lancées sur la toile laisseront autant de trace qu’une glissade d’Olaf sur la poudreuse de Courchevel.
Malheureusement, il est trop tard.
Elsa, gracieuse, poussera la chansonnette aussi longtemps que les sept nains, pioche à l’épaule, au retour de la mine.
Elsa, symbole du féminisme exacerbé, décide de rompre la chaine familiale en se réfugiant cœur et âme dans son château de glace. Forte de son égoïsme, elle affuble la montagne d’un refrain salvateur. Libérez la pour de bon en lui donnant une boîte de looms, ça l’occupera. Bien au contraire, elle persiste et signe la bougresse!
Nabilla aimerait en dire autant.
Sa détention probatoire la retient entre les barreaux de sa cellule VIP (Very Important Pouf) et la cour promenade de la prison pour femmes à Versailles. Elle aussi, rêverait d’une escapade ensoleillée à Ibiza en courant à moitié nue un couteau à huîtres à la main le long d’une plage privée.

Au même rang de ces titres insupportables comme "Hakuna Matata" ou "Mon rêve bleu" qui ont écorné mes tympans fragiles, je place en tête de liste "It’s a small world".
L’hymne des poupées donne des envies de meurtre à chaque navigation. Qui n’a pas eu l’idée d’abattre 300 personnes à l’écoute de la première note émise d’un haut parleur soigneusement caché dans cette maudite attraction?
Bref, si les chansons de Disney traversent le temps au coin d’un feu de cheminée ou dans les allées d’un magasin de jouets, la nostalgie nous renvoie aux personnages de notre enfance.
Si notre impatience se limite à une délivrance passagère, n’oublions qu’il en faut peu pour être heureux.


Hervé Gaudin.