vendredi 27 février 2015

Quand la musique déconne!


©purepeople.com

Bossez jeunesse!
La licence "Enfoirés" a fini par déraper. Le verglas de la polémique est implacable. Jean-Jacques Goldman, auteur d’un texte assez limite à cause de messages  "subliminables", s’est pris un platane en pleine poire. Suite à sa diffusion officielle, le titre "Toute la vie" suscite tous les avis tranchés dans le vif du sujet.
Dans le dernier clip de promotion à l’appel aux dons, ils furent encore nombreux à donner de leur personne: Mathy, Bruel, Obispo, Laroque, Le Forestier, Zaz, Jugnot accompagnés de comédiens et toute la clique démago de la variétoche branchouille. Au premier plan, deux groupes mis en opposition. Les anciens face aux jeunes. Imprégné de culture cinéphile, j’ai pensé de suite à West Side Story, à l’affrontement emblématique des Sharks contre les Jets. De nos jours, on appelle ça une "battle". Mais voilà, qui sont les gentils? Qui sont les méchants?
Maladroite et inappropriée, la phrase "à vous de jouer mais faudrait vous bouger" tombe comme un couperet. Les jeunes sont jetés en pâture au réquisitoire d’une génération qui se permet de jeter l'oprobre. Certes, nos parents et grands-parents en ont bavé aussi. Mais, je n’aime pas les moralisateurs. Pis encore, je ne vois aucun rapport avec le but premier de cette charité business. Personnellement, je n’aime pas cette hypocrisie qui dure depuis trop longtemps. La vitrine est rutilante avec toutes ces vedettes du petit et du grand écran qui paient leurs impôts en France, qui partagent en direct leurs selfies de Courchevel, New York ou Saint-Barthélémy pendant qu’une catégorie croissante de notre société ne mange pas à sa faim. Je n’ai pas besoin d’infliger à mes oreilles une chanson débile pour remplir mon caddie afin d’aider les plus démunis. Et eux, le font-ils vraiment?
Et de ce propos, cette hypocrisie bien pensante me fait vomir. Ces brailleurs forts de leur arrogance se permettent de conseiller à ces jeunes de se retirer les doigts du cul car après tout, les ados de ce pays sont responsables de ce marasme, non? Allons-y gaiement, ces jeunes n’auraient pas dû naître et la pauvreté aurait été balayée d’un revers de la main. En attendant, il y a la réalité du quotidien. La vraie. Pas la branlette espagnole des vedettes qui gagnent grassement leurs vies. Jenifer, Bent, Tal et  Pokora vivent grâce à qui? A mamie gâteau et tricotine?
Je soutiens cette polémique. Les gens crèvent la dalle, ne partent pas en vacances et n’ont même pas les moyens de s’offrir un téléchargement légal. Et les jeunes en font aussi partie. Laissons les tranquilles!
Cette génération condamnée au pilori a raison de ne pas se taire. N’oublions pas que ce sont vos enfants, vos gosses, vos rejetons, vos minots, votre cœur et votre sang. Unissez-vous et ne vous divisez pas! Les réseaux sociaux se lâchent pendant que vous lisez mon billet de mauvaise humeur. Le Front national s’en frotte les mains et cette récupération politisée décuple mes nausées.
Hier, vous étiez Charlie. Aujourd’hui, ne soyez pas ces enfoirés-là. Je parle de ceux qui prônent avec démesure la séparation des uns avec les autres en donnant des leçons obsolètes. Même en chanson, ça fait mal.
Alors, si tu nous entends Coluche, relève toi, ils sont devenus fous.

Hervé Gaudin.

mardi 16 décembre 2014

L'hymne à la joie?


©disney.fr

La reine énerve


A la veille de Noël, la licence Disney continue à enchanter la marmaille du monde entier grâce à ses chansons sempiternelles.
Depuis la sortie du film d’animation "La reine des neiges" en 2013, les enfants chantent encore à tue-tête le regrettable succès "Libérée, délivrée" (de sa version originale "Let it go").
Auréolé par un oscar, le titre a contribué à sa réussite commerciale.
Et ce, au grand dam des parents qui n’en peuvent plus de l’entendre. Par cette introduction salutaire, je m’associe à leur dépit.
Libérez-nous de ce néo fléau musical! Délivrez-nous du mal artistique!
Pourquoi tant de haine envers ceux qui ont sacrifié leur temps libre dans une salle obscure?
Pourquoi cet acharnement cérébral pour un pop corn desséché ou un soda sans bulles?
La réalisatrice Jennifer Lee a beau essuyer les quolibets des passants qui croisent son chemin, ses excuses lancées sur la toile laisseront autant de trace qu’une glissade d’Olaf sur la poudreuse de Courchevel.
Malheureusement, il est trop tard.
Elsa, gracieuse, poussera la chansonnette aussi longtemps que les sept nains, pioche à l’épaule, au retour de la mine.
Elsa, symbole du féminisme exacerbé, décide de rompre la chaine familiale en se réfugiant cœur et âme dans son château de glace. Forte de son égoïsme, elle affuble la montagne d’un refrain salvateur. Libérez la pour de bon en lui donnant une boîte de looms, ça l’occupera. Bien au contraire, elle persiste et signe la bougresse!
Nabilla aimerait en dire autant.
Sa détention probatoire la retient entre les barreaux de sa cellule VIP (Very Important Pouf) et la cour promenade de la prison pour femmes à Versailles. Elle aussi, rêverait d’une escapade ensoleillée à Ibiza en courant à moitié nue un couteau à huîtres à la main le long d’une plage privée.

Au même rang de ces titres insupportables comme "Hakuna Matata" ou "Mon rêve bleu" qui ont écorné mes tympans fragiles, je place en tête de liste "It’s a small world".
L’hymne des poupées donne des envies de meurtre à chaque navigation. Qui n’a pas eu l’idée d’abattre 300 personnes à l’écoute de la première note émise d’un haut parleur soigneusement caché dans cette maudite attraction?
Bref, si les chansons de Disney traversent le temps au coin d’un feu de cheminée ou dans les allées d’un magasin de jouets, la nostalgie nous renvoie aux personnages de notre enfance.
Si notre impatience se limite à une délivrance passagère, n’oublions qu’il en faut peu pour être heureux.


Hervé Gaudin.

lundi 6 octobre 2014

Mes amis, mes amours, mes emmerdes



Glace des grands hommes


Je pourrais briser la glace en vous dévoilant les coulisses d’un sport aussi sombre que somptueux. Je pourrais suivre la mode actuelle en écrivant une injure autobiographique qui évoquerait les pires travers de mes collègues ou de mes ennemis de passage. Oui, je pourrais débloquer mon compteur saturé de rancune en citant des expressions entendues ci et là par d’abominables personnages en quête d’ambitions exacerbées. Non, je ne jouerais pas ce jeu méprisable du vieil artiste quittant la scène après une forte déception. Je préfère m’accouder au comptoir de l’amitié où nous évoquons ensemble les souvenirs construits au fil des années. Je pense à vous, copains et copines, fidèles à nos parcours serviles. Nous avons foulé les mêmes sols caoutchouteux, nous nous sommes assis sur des bancs humides, nous avons piétiné tant de marches le long des gradins abîmés, nous avons ri aux mêmes quolibets douteux, crié après tant de victoires improbables et pleuré après tant de déceptions imméritées. Nous nous sommes attablés devant des festins en province et assoupis après de bonnes franquettes improvisées. Nous avons bataillé pour être respectés, lutté pour rester nous-mêmes, fixé les regards attentifs de publics inconnus, glissé sur cette matière noble dans des compétitions glorifiantes et des galas conviviaux. Dans le froid des patinoires, nous nous sommes enorgueillis au sommet modeste des podiums aux chiffres presque effacés, nous avons serré des poignées franches, nous avons embrassé des pommettes rougies, porté à nos cous des médailles trop lourdes. Les réveils dominicaux étaient difficiles mais les retrouvailles toujours singulières. Nous avons tracé nos routes, changé de cap, nous nous sommes perdus de vue et retrouvés au détour d’un réseau social. J'évoquerais avec timidité ces amourettes à l’entrée du vestiaire, ces baisers volés sans regrets, ses garçons étourdis et ses filles déjà ravissantes. Je ne parlerais que des ces années aux couleurs pastels d’une vie insouciante quand la passion entraîne tout le reste. Je ne parlerais que de vous, Mesdames et Messieurs, bénévoles au grand cœur, au dévouement palpable et à vos réussites salies par les trahisons d'incompétents notoires. Je ne parlerais que de vous, pères et mères fidèles à l'amour que vous portez à vos enfants. Je ne parlerais que de ces professeurs aux sciences exactes qui nous ont emmené si loin, à ces anciens que nous admirions. Je parlerais de mes premiers élèves, des derniers, de ce trac qui m’ulcérait le ventre et la joie compressée de les voir progresser.

Voilà, je n’aurai pas besoin d’écrire un livre détestable pour recueillir quelconque gratification. Je laisse dans la gorge effrayante d’un garage où ronfle encore cette vieille surfaceuse les démons du passé. Je ne garde que vos visages, vos voix, vos mains gantées, vos pieds de cuir et vos chevelures soigneusement coiffées. Je porte en moi votre élégance pour oublier ceux qui en manquent. Je vole à Véronique Sanson sa révérence. La mienne n’est pas plus belle mais aussi douloureuse. Mes patins râpés reposent dans mon placard; ils en ont bien besoin. Amies et amis, les adversaires d’hier s’évanouissent aujourd’hui. A ma sœur qui m’a inspiré et à mes parents qui se sont sacrifiés. A mes amitiés solides, à mes amours inavouées, à ces champions dorés que je continuerai à bercer dans le ventre de mes souvenirs. La glace des grands hommes se referme. Je ne vous donnerai pas rendez-vous dans dix ans. De ce même jour, à cette même heure, devant cette même porte où nous sommes rencontrés. Pour ceux que j'aime, la mienne ne sera jamais close.

Hervé Gaudin